Réseaux sociaux, ou la tendance à la médiocrité de l’information

Je vous ai déjà exprimé par le passé les raisons pour lesquelles je me suis remis à bloguer. Censuré puis condamné à 20 ans de prison pour ses prises de position politique contestataire puis gracié en fin 2014, le journaliste et blogueur iranien Hossein Derakhshan a constaté avec effroi l’appauvrissement de l’expression web, principalement véhiculée par les blogs et dont la déperdition ne serait pas sans rapport avec l’expansion des réseaux sociaux.

J’utilise moi-même les réseaux sociaux, principalement Facebook et Twitter mais guère plus pour m’exprimer que pour rester en contact avec mes amis, hélas éparpillés aux quatre coins de la France. Mais tout au plus, Facebook me sert à transmettre des informations à mes amis (je suis un peu une sorte de courtier de l’ombre pour eux) et je n’exprime sur Twitter que de courtes pensées qui me traversent l’esprit, des débilités que je n’ai pas envie de développer. Mais comme je le disais auparavant, ni Facebook, ni Twitter, ni Snapchat, ni Instagram, ni quelque réseau social que ce soit ne peut m’apporter ce que m’apporte le blogging, à savoir une plateforme où je peux véhiculer mes pensées, mes opinions, mes idéaux et mes découvertes sans limitation de forme, d’espace, de temps ou de public. Ce retour aux sources étaient donc inéluctable.

L’arrêt forme de l’autre aux graves

Mais pourquoi donc ai-je envie de revenir sur quelque chose de déjà dit? Simplement parce que depuis quelques mois, voire quelques années, j’éprouve une fatigue de plus en plus grandissante non pas des réseaux sociaux en eux-mêmes mais du type de communauté qu’ils entretiennent. Et ce niveau de fatigue a atteint un point d’irritation qu’il m’est aujourd’hui impossible de contenir avec les récentes polémiques sur la réforme de l’orthographe. J’aurai pu prendre n’importe quel autre exemple puisqu’en définitive des situations comme celles-ci, il y en a quasiment tous les jours, mais pas de chance pour toi, Réforme, c’est tombé sur ta pomme.

Des fois que l’on ne transmette pas les informations de l’actualité française en votre Bikini Bottom, il s’agit d’une réforme visant à établir de nouvelles références en terme d’orthographe dont l’application est prévue pour la rentrée 2016. Parmi les changements majeurs, on prend pour exemple la disparition de l’accent circonflexe dans certaines situations, comme pour le mot « coût » (que l’on peut donc écrire « cout ») ou maîtresse (que l’on peut écrire « maitresse »). Il en va de même pour le trait d’union, qui peut disparaître dans certains cas comme dans « porte-monnaie » ou « pique-nique » (oui, cette pratique existe toujours et oui elle est toujours aussi agréable). Certains termes comme « oignon » ou « nénuphar » se voient leur orthographe simplifiée, donnant dans la présente « ognon » ou « nénufar ».

06-02-16 desinfo 01Récemment annoncée dans les médias, la mise en application de cette réforme a suscité la polémique sur les réseaux sociaux, où l’on a vu colère et indignation s’exprimer au travers de mouvements tels que #JeSuisCirconflexe sur Twitter ou Je Suis Oignon sur Facebook, où l’on en venait à remettre en question la décision voire la lucidité du gouvernement et où l’on moquait ouvertement les conséquences que pourraient avoir la simplification de l’orthographe dans la langue française.

Bon, déjà il faut quand même savoir que c’est à ça que sert l’Académie Française. D’aucuns diraient que ce sont des vieux messieurs pompeux qu’on ne sait plus où mettre car trop bornés pour être placés en maison de retraite et se complaisant dans une institution financée par l’État, mais en réalité l’Académie Française est avant tout la gardienne de la langue française. C’est à elle que l’on doit la francisation de termes anglais, tels que « pourriel » pour dire « spam », « lettre d’information » pour « newsletter », « mot-dièse » pour « hashtag », etc… C’est une institution vieille de quasiment 400 ans fondée par le cardinal de Richelieu (oui celui des Trois Mousquetaires de Dumas, et oui celui aussi d’Albert le Cinquième Mousquetaire >__>), alors elle en a vu des vieux grincheux conservateurs qui se battraient pour préserver la beauté de la langue française, vous n’êtes pas les premiers.

Et au-delà de ça, le fait est que toutes les langues évoluent, c’est le principe-même d’une langue vivante, c’est de vivre et donc d’évoluer au fil des âges. C’est la raison pour laquelle nous ne disons plus « Je suis joiel », « J’aime machicoter », « J’ai été mis à bandon » ou « C’était un sacré torbel ». Et je suis toujours fasciné par ces gens qui souhaitent défendre la qualité de la langue française alors qu’ils la piétinent allègrement chaque jour soit en usant d’anglicismes comme « selfie » plutôt qu' »autoportrait », en écrivant des SMS nécessitant un master en égyptien hiéroglyphique pour les déchiffrer ou en s’exprimant comme un joueur de football. Mais le but de cet article n’est pas de souligner l’hypocrisie de telles polémiques mais de mettre en évidence un problème de fond qui me paraît bien plus grave encore. Si vous êtes exposé à un énergumène qui n’en démord toujours pas sur cette réforme, utilisez cette FAQ de secours, en ligne depuis 2008 et conçue pour que même un enfant de 10 ans la comprenne.

Des informations, désinformation

En réalité, cette polémique sur la réforme de l’orthographe est avant tout née d’un manque d’informations ayant eu pour conséquence une propagation de désinformation. Dans la présente, ce que je ne vous ai pas dit en résumant cette réforme de l’orthographe c’est qu’elle a été décidée en 1990, par l’Académie Française de surcroît, et qu’elle est donc valable depuis 1990, sans aucune forme de caractère obligatoire, que son enseignement est en place depuis 2008, et que la mise en application de 2016 ne concernant au final que les manuels scolaires n’ayant pas déjà adopté cette nouvelle norme. Ce qui veut dire que, d’une part, c’est l’institution en charge de la sauvegarde de la beauté de la langue française qui est à l’origine de cette réforme, qu’elle a été longuement réfléchie par ces éminents messieurs et ces éminentes dames, que le processus s’effectue suivant une transition de plusieurs années et non de but en blanc et que 2016 ne marque pas l’année du passage de l’orthographe à l’ancienne à la nouvelle orthographe.

Et là encore, j’omets de dire que cette nouvelle orthographe n’est pas imposée à l’ensemble de la population mais proposée comme une alternative acceptable, en ça que les deux formes d’orthographe se juxtaposeront pendant des années. De plus, cette réforme ne cherche pas à faire disparaître l’accent circonflexe dans tous les cas de figure mais seulement dans les cas où son existence ne se justifie pas et n’amène pas à la distinction avec un autre terme pouvant prêter à confusion.

Et si certains journaux et certains sites comme Libération ou Le Monde ont cherché à informer et faire taire une polémique sans fondement, d’autres se sont allègrement gardés de le faire et ont volontairement diffusé une information incomplète avec des titres racoleurs, comme Le Point, BFMTV , Le Parisien ou Le Figaro (oui, moi aussi j’ai remarqué que les journaux cherchant à taire la polémique sont plutôt de gauche, et ceux l’alimentant sont plutôt de droite, quant à savoir si c’est une coïncidence ou s’il s’agit d’une volonté politiquement orientée… Encore que, le Journal du Dimanche a publié une interview très intéressante à ce sujet, or le JDD est plutôt d’un lectorat de droite).

Conséquence? Le mot est très vite passé dans les réseaux sociaux d’une réforme inutile pondue à l’arrache où l’on arriverait à un imbroglio sans nom, en passant par des petits jeux de mot vaseux parce que chacun sait que les messages passent mieux quand il y a de l’humour. Seconde conséquence? Les médias s’arrachent la pseudo-polémique et ne parlent plus que de ça alors que la réforme date de 1990. Est-ce vraiment dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes?

L’étable aux dents semble bien pauvre

Encore une fois, j’ai pris  la réforme de l’orthographe pour exemple parce qu’il est le plus récent à ma disposition et le plus actif à l’heure actuelle, mais je pouvais prendre un tout autre exemple qui m’a tout autant hérissé le poil. Dans la nuit du 13 Novembre 2015, la France entière s’effarait devant le massacre perpétré au Bataclan à Paris, causant la perte de 130 âmes et plus de 350 blessés. Tandis que Facebook lança un outil de prévention dans lequel nous pouvions signaler d’un simple clic à nos proches notre bonne santé, Twitter s’affolait sur un tsunami survenu au même moment au Japon qui aurait causé 15.000 victimes, provoqué par un séisme de magnitude 7, s’indignant par la même occasion du mutisme des médias et de leur hypocrisie, préférant couvrir des informations locales et franco-françaises que de relayer l’information des victimes nippones. Pourtant, 15.000 disparitions, ce n’est pas une information que se permettrait de manquer quiconque se considère un tant soit peu journaliste (après tout, le pathos fait vendre…), la question m’a interloqué.


Aussi ai-je fouiné et cherché des informations à ce sujet
, d’abord dans les sites d’actualité francophone comme l’AFP, puis sur les sites anglophones dont Reuters. Mais nulle part  trouvais-je la mention du moindre japonais perdu en cette nuit du 13 Novembre. Puis, une bête recherche Google m’a fait découvrir le vilain fil qui tissait cette toile. Il y a effectivement eu un séisme de magnitude 7 la nuit du 13 Novembre au large des côtes japonaises et hongkongaises, mais ce séisme n’a causé ni dégât ni victime. Pour autant, la majorité des sites d’information rappelaient que le dernier séisme majeur au pays du soleil levant avait causé plus de 15.000 victimes. Et si j’ignore quel est l’épicentre de cette polémique sur Twitter, de toute évidence quelqu’un a relayé une information erronée et la contagion s’est propagée jusqu’à devenir un Trending Topic sur Twitter, au même titre que les attentats du Bataclan survenus au même moment.

Bref, vous l’aurez compris, nous avons là affaire à un cercle particulièrement vicieux dans lequel des sites d’informations relaient des informations parfois incomplètes ou erronées (ou alors c’est le public lui-même qui trafique l’information, il ne faut pas croire que l’origine du problème vient uniquement des médias), la rumeur s’amplifie à une vitesse folle sur les réseaux sociaux, déclenchant ainsi des mouvements de foule qui attirent les médias et relaient donc la panique ou la colère du peuple, propageant d’autant plus une information biaisée et provoquant de vives réactions. On en revient à ce que je disais dans mon article sur le cas de Dead Or Alive Xtreme 3, où des hate mobs se forment autour de causes qu’elles considèrent juste et sont prêtes à « châtier » les personnes incriminées. Nous vivons dans une période où l’obscurantisme, les théories du complot et les désinformations sont capables d’avoir une voix, et cette voix peut porter et toucher toute une partie de la population, une partie naïve, réactive et facilement manipulable.

Dans la nuit noire et obscure

Il est bien plus simple aujourd’hui de partager une image drôle basée sur une fausse information que de vérifier l’information en elle-même, ce qui amène à une généralisation de la désinformation qui peut avoir de graves conséquences. Prenez par exemple les États-Unis qui sont touchés depuis des mois, voire des années, par un cas qui me paraît particulièrement grave: les mouvements contre la vaccination. En 1998, Andrew Wakefield, un ancien chercheur médical, publia une étude démontrant que le composé chimique utilisé comme agent conservateur dans les vaccins causait l’autisme. Les autorités sanitaires réagirent en retirant temporairement les produits se servant dudit composé, le thiomersal.

Ce n’est qu’en 2011 que le Sunday Times découvrit qu’Andrew Wakefield avait publié de faux résultats dans son étude, après avoir reçu quelque rétribution financière d’opposants à la vaccination. Ainsi, les vaccins ne causent pas l’autisme, mais pourtant aujourd’hui encore, de très nombreux américains refusent de faire vacciner leur enfant par peur que leur enfant devienne autiste. Cette peur est d’autant plus raffermie par des courants religieux opposés à la vaccination, mais aussi par l’attachement de certains à leurs libertés fondamentales, considérant que la vaccination est une violation de leur liberté individuelle et de leur intégrité corporelle. C’est amusant comme l’on peut refuser la vaccination par principe de liberté et d’intégrité corporelle mais qu’une femme qui désire avorter n’ait pas le même droit de regard sur son propre corps…

Le résultat de cette vague de campagne anti-vaccination ne laisse aucun doute: certains états ont été atteint d’une épidémie de rougeole, que l’on pensait pourtant éradiquée depuis 2000. Cette même maladie qui tuait par millions il y a encore à peine 50 ans se voit revenir du fait de l’obstination de personnes se basant sur de fausses informations et des mouvements politiques et religieux qui encouragent cette bêtise. Il y a ces dernières années un curieux mouvement où la science n’est pas considérée comme l’établissement de faits vérifiés mais de simples opinions que l’on peut démentir, au point même que certains considèrent que le réchauffement climatique est un mythe pour faire peur aux enfants, ou que l’on doute encore que l’Homme soit allé sur la Lune ou même que la Terre soit ronde

Alors attention, je ne tiens pas à encourager les amalgames. Tous les américains ne sont pas des créationnistes en puissance rompus dans leur ignorance et se pavanant de leur 4×4 en sirotant du Mountain Dew en priant le Seigneur que les méchants terroristes ne s’attaquent pas au Superbowl bien que leur cave ait assez d’armes pour entretenir une guerre civile. Et la bêtise n’est pas une exclusivité américaine non plus. Il y a des abrutis et des personnes réfléchies dans tous les peuples, et la beauté de la civilisation humaine fait que tout ce tintouin s’équilibre plutôt bien. Les cas de débilité dangereuse ne représentent qu’une petite partie de la société, et c’est le fait de la mettre en évidence qui donne l’impression qu’elle est une généralité. Mais très sincèrement, si l’une des plus grandes puissances économiques et militaires du monde n’était peuplée que de débiles profonds, nous ne serions probablement même plus là pour en parler.

Vous voulez un autre exemple de désinformation pour la route? Nous allons parler d’une désinformation de désinformation. Une désinformaception. Si vous êtes de l’ancienne génération, vous avez sans aucun doute déjà entendu parler du fabuleux Popeye, ce dessin animé diffusé pendant les années 30 aux USA où le marin Popeye voit sa dulcinée Olive dans des situations dangereuses, et celui-ci consommant des épinards pour acquérir sa force légendaire. Sans doute êtes vous nombreux à savoir qu’il y a eu un mythe durant cette période qui attribuait aux épinards une trop forte teneur en fer. On dit que le biochimiste allemand Emil Von Wolff, alors qu’il analysait en 1870 la teneur en fer des épinards, se trompa d’une virgule dans son résultat et indiqua 27% au lieu de 2,7%, propageant ainsi la fausse idée que les épinards étaient riches en fer. Voilà un merveilleux cas de désinformation, n’est-ce pas? Qu’une croyance populaire puisse être en fait à l’origine une simple erreur de chiffre, ça a un côté assez comique, pas vrai?

Eh bien cet exemple de désinformation… est en réalité faux. Cette histoire de désinformation est elle-même une désinformation. D’une part, il faut savoir que le  dessin animé Popeye ne cherchait pas à promouvoir la teneur en fer des épinards mais sa teneur en vitamine A, et en l’occurrence c’est effectivement le cas puisque l’épinard est riche en vitamine A. Comptez 9.377 UI (Unités Internationales, l’unité de mesure utilisée dans le monde en pharmacologie, y compris pour mesurer la teneur en vitamines) pour l’épinard contre 623 UI pour le brocolis, 8 pour les lentilles et 833 pour la tomate. Bref, l’épinard déchire sa race en vitamine A. Mais en plus de ça, l’histoire de ce biochimiste allemand s’étant trompé en 1870 dans ses mesures est également bidon, puisque c’est le nutritionniste américain Arnold Bender qui inventa l’histoire en 1970 dans ses articles de recherche afin de pousser ses collègues scientifiques à toujours vérifier les informations que d’autres publient. Hélas, ces derniers ont gobé l’histoire et le mythe s’est répandu. Plutôt ironique, n’est-ce pas?

Nous vivons aujourd’hui dans une ère où l’information est instantanée, où l’on partage, like, tweet et snap à tout-va, parce qu’il s’agit de processus simples et qui ne nécessitent qu’un bref instant de traitement pour notre cerveau avant de trouver la réaction adéquate. Mais par ce biais, nous en oublions l’essentiel: ce que je vois, ce que je lis, ce que j’entends est-il vrai? NoooOOOOOOooooon n’allez surtout pas partir dans les théories du complot en disant que tout le monde vous ment et tout le monde vous manipule. Ce serait la plus immonde bêtise que vous puissiez faire et vous sombreriez dans un état plus consternant qu’initialement. Ce que je vous invite à faire, c’est de toujours vérifier vos informations, et les recouper.

L’AK des mies

Un exemple, je vous parlais tout à l’heure de l’Académie Française. En effectuant mes petites recherches, je suis tombé sur cet article d’Europe 1 qui s’interroge sur le coût que représente l’Académie Française à l’État. L’introduction de l’article donne le ton:

MONEY MONEY – Si l’institution ne semble pas coûter très cher à l’Etat français, son fonctionnement est toujours très opaque.

En tant que lecteur, nous sommes amenés à comprendre que l’article va chercher à déterminer le coût réel de l’Académie Française à l’État, sous-entendant que l’on ne voit en apparence que la pointe de l’iceberg et que derrière ceci se cache des affaires de gros sous. La connexion avec la corruption, le copinage, les non-dits et les potentielles affaires de scandale arrive facilement. En le survolant, nous remarquons que l’article nous met en emphase trois valeurs: 35.000€ pour la fameuse tenue des académiciens, 100.000€ pour l’épée et quelque 3.180€ par an. Un rapide calcul nous permet d’estimer la valeur d’un académicien à 138.180€, sachant qu’il y a 40 membres à l’Académie Française les férus de maths auront tôt fait d’estimer le coût total que ça représente à 5.527.200€. Ils coûtent chers ces petits vieux, non? Eh bien… Non.

Parce qu’en lisant l’article, nous apprenons d’une part que la tenue d’apparat estimée à 35.000€ est à la charge du membre. Donc techniquement, elle ne coûte rien à l’État. Quelle est la pertinence de cette information dans ce cas? Puis, on nous parle de l’épée à 100.000€ en donnant l’exemple de Jean Cocteau qui avait son épée sertie de diamants, mais sans nous indiquer sa valeur. On enchaîne sur le commandant Cousteau, qui avait une épée en cristal qui aurait coûté 100.000€ d’aujourd’hui. Mais ces deux exemples sont-ils des cas extrêmes ou est-ce la norme? Les académiciens ont-ils coutume de faire dans la débauche dans la conception de leur épée ou ces exemples sont-ils seulement exceptionnels? L’article ne le dira pas et la question se pose parce que si chaque membre de l’Académie investit 1.000€ dans son épée et que nous avons deux originaux qui dépensent 100.000€, comprenez que le calcul est un peu faussé.

En statistiques, il existe un calcul de moyenne appelée « moyenne élaguée » qui permet de déterminer une moyenne sans tenir compte des valeurs exceptionnelles. Donc si nous avons 38 personnes qui paient environ 1.000€ (chiffre symbolique ne connotant aucunement la valeur réelle des épées, c’est juste pour la facilité du calcul), et 2 personnes qui paient leur épée aux alentours de 100.000€, en calculant une moyenne ordinaire nous obtenons un chiffre proche de 6.000€ (ce qui n’est ni représentatif des 38 personnes ayant payé 1.000€, ni représentatif des personnes ayant payé 100.000€), et une moyenne élaguée se verra autour de 1.000€, considérant ainsi les deux originaux comme des cas extrêmes. Mais qu’importe les mathématiques au final, puisque l’article nous indique que là encore, le coût de l’épée est à la charge du membre, ou plutôt de ses proches, qui font des campagnes de dons pour lui offrir une belle épée.

Là encore, nous avons une information qui n’est pas pertinente puisqu’elle ne détermine en rien le coût que représente un Académicien à l’État. Puis l’on arrive au salaire des membres de l’Académie, et l’article donne deux informations contradictoires: d’après le site officiel, le salaire annuel d’un académicien est de 3.180€, soit 265€ par mois. Mais le journaliste Daniel Garcia, auteur du livre Coupole et Dépendance dont se sert l’article d’Europe 1 pour tirer ses sources, semble indiquer un salaire mensuel de 114€ par mois, soit 1.368€ par an. Puis, parmi ces 40 membres, 11 seulement font partie d’une commission et touchent des primes allant de 120 à 228€ par session selon les sources. Combien de sessions y a-t-il par mois ou par an pour les membres de cette commission? L’article ne le dira pas, donc l’information n’a aucun intérêt. Enfin, les 4 membres les plus âgés de l’Académie et les 4 plus anciens voient leur rémunération doublée. Si l’on prend les chiffres précédemment donnés, cela veut dire que parmi les 40 membres de l’Académie Française, 32 toucheraient entre 114 et 265€ par mois et 8 toucheraient entre 228 et 530€ par mois. Mouais, pour l’instant il n’y a pas de quoi défriser un cactus.

Et enfin, l’article insiste longuement sur l’opacité du budget accordé à l’Académie Française sans pouvoir donner d’indication chiffrée, pas même en faisant une estimation. Donc pour résumer, de ce que nous savons auprès de l’article, la tenue et l’épée peuvent coûter cher mais sont aux frais du membre, les académiciens touchent au mieux la moitié d’un SMIC et on ne sait pas quel est le budget accordé à l’Académie. Ma question est assez simple: quel est alors l’intérêt de cet article? Il a le cul entre deux chaises: d’un côté il donne des informations de ce que coûte un académicien pour lui-même, donc ce qu’il doit dépenser pour appartenir à l’Académie, de l’autre il donne des informations sur ce que coûte un académicien à l’État, tout en étant à la fois contradictoire et obscur. Et pourtant, en lisant l’article et sans vraiment chercher à remettre en question la pertinence de l’information, nous aurions eu l’impression d’un travail d’enquête sur des financements obscurs de l’Académie alors qu’au final il semble s’agir de petits gars qui se débrouillent avec les moyens du bord pour se réunir et faire du roleplay. Tout au plus, l’article paraît être une bonne mise en exposition du livre d’un journaliste mais n’apportera au final aucune réponse à la question qu’il se pose explicitement (combien ça coûte d’être un Immortel) et à la question qu’il se pose implicitement (combien un Immortel coûte à l’État).

Ça coule de source

Comprenez-vous où je veux en venir? Nous avons la chance d’avoir accès à l’information de manière instantanée, mais le journalisme est rarement affaire de neutralité. Dans un article, dans un reportage, dans une interview, dans un sondage il y a toujours une volonté d’orienter l’information (et encore, je ne vous ai même pas parlé du conformisme et de l’influence de la masse dans un sondage d’opinion). Il est important de prendre conscience de l’orientation politique et idéologique de nos sources d’information et d’avoir plusieurs points de vue sur un même fait. Les journalistes ne sont pas d’affreux manipulateurs et complotistes, ce sont des gens comme vous et moi avec les mêmes forces et les mêmes faiblesses. Nous aimons tous arranger les faits sous un angle qui nous est favorable, même lorsque nous prenons une photo.

Aussi, ne prenez jamais une seule source d’information comme avérée, vérifiez auprès d’autres sources et voyez quel fait véritable vous pouvez en extraire, et surtout si l’information provient d’un réseau social. La vérité n’est ni toute blanche, ni toute noire, elle est quelque part entre les deux et la seule manière de l’apercevoir c’est d’une part de douter, ensuite de vérifier. Même moi qui écris ces lignes je peux vous raconter des conneries. Ça peut m’arriver de m’être mal renseigné, de chercher à biaiser consciemment ou non votre opinion ou simplement de répandre des informations sans qu’elles ne soient basées sur des faits. Alors doutez même de moi, et si vous pensez que je peux potentiellement dire la vérité, vérifiez-la, par vos propres moyens, pas par les moyens que je vous donne. Et seulement alors vous serez en mesure de dire ce qui est vrai, ce qui n’est pas tout à fait vrai et ce qui est faux.

Merci à Alexas Photography qui m’a permis de découvrir de très belles photos pour illustrer cet article avec des prises plutôt originales.

Publicités

2 réflexions sur “Réseaux sociaux, ou la tendance à la médiocrité de l’information

  1. Je vois que tu as engagé ta propre réforme de l’orthographe.. « le coup que représente l’Académie Française » 😉
    Un bel article en tout cas ! J’ai eu vent de la réforme de l’orthographe par des gens qui citaient un article de BFM… Dès que j’ai vu la source, j’en ai cherché d’autres 😉 Et ça m’a bien énervée aussi de voir comme les gens propageaient des informations totalement fausses. S’indigner, c’est facile, et je pense que ça flatte l’ego des gens. Faire preuve d’esprit critique, c’est chiant, ça prend du temps, c’est pas instantané, ça pousse à faire des remises en question… Nan, trop compliqué. C’est plus grave quand les médias s’y mettent, et probablement sciemment, pour le coup. Je pense pas que ça soit très déontologique, mais apparemment pour certains, l’éthique professionnelle, ce sont de belles paroles…

    J'aime

    1. Ah ah merci, pour le coup ça m’étonne d’avoir fait une faute aussi médiocre, d’autant plus que je me suis relu 😀 (cela dit, j’ai tout de même l’impression de faire plus de fautes d’orthographe et de grammaire que je ne le voudrais…). Je vais corriger ça de suite 🙂

      L’information sur la réforme de l’orthographe a été initialement lancée par TF1, qui a été ensuite allègrement reprise par la presse et les réseaux sociaux. On pourrait estimer que ça n’a été qu’une étincelle hasardeuse, mais je commence à douter de la bonne foi de TF1 quand l’on voit qu’en moins d’une semaine, ces derniers ont publié une dizaine d’articles et de reportages sur le sujet. Je ne dirai pas que TF1 a volontairement propagé une polémique en diffusant des informations incomplètes et obsolètes, il appartient à chacun d’en profiter, mais visiblement ils se sont bien fait plaisir les saligauds.
      Et effectivement puisque tu parles d’éthique et de déontologie, il est effectivement indiqué dans le code de déontologie du journaliste qu’il est considéré comme gravissime toute déformation, manipulation de l’information ou la non-vérification des faits. Et il peut être tristement amusant de lire le code de déontologie des journalistes et de constater quelles chaînes, quels sites ou quels journaux font les plus grosses entorses sur ces règles qui, en définitivement, découlent du bon sens.

      J'aime

Ecrire un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s